En bref
- Comptez 1 part de café pour 7 parts d'eau en poids pour un concentré, 1 pour 13 pour un café prêt à boire.
- L'infusion dure 16 à 24 heures au réfrigérateur, ou 8 à 12 heures à température ambiante.
- La mouture doit être plus grossière que pour une cafetière à piston, sinon la filtration devient impossible.
- Un concentré se garde environ une semaine au réfrigérateur, deux à trois jours une fois dilué.
Le cold brew se résume à trois réglages : une mouture grossière, un ratio de 1 part de café pour 7 parts d’eau en poids pour un concentré, et une infusion de 16 à 24 heures au réfrigérateur. Aucune chaleur n’intervient à aucun moment, et c’est précisément ce qui change le goût.
Trois boissons qu’on confond en permanence
Le vocabulaire brouille tout, alors qu’il désigne trois procédés distincts.
Le cold brew est une infusion à l’eau froide, longue, sans aucun passage par la chaleur. Le café glacé est un café extrait à chaud, puis refroidi ou versé sur des glaçons : son profil reste celui d’une extraction chaude. Le flash brew, parfois appelé café glacé à la japonaise, est une extraction chaude qui tombe directement sur une masse de glace calculée dans le total d’eau.
Ces trois boissons n’ont pas le même goût parce que l’eau froide et l’eau chaude ne dissolvent pas les mêmes composés. Choisir entre elles n’est donc pas une question de température de service, mais d’extraction.
Les trois réglages qui décident de tout
Tout le reste est du matériel. Ces trois paramètres seuls font la différence entre une bonne infusion et une infusion ratée, et ils se posent avant de commencer.
Le ratio : concentré ou prêt à boire
Deux intentions, deux ratios. Le concentré se conserve mieux, occupe moins de place et se dilue à la demande ; le prêt-à-boire se prépare en une fois et se sert tel quel.
| Objectif | Ratio café/eau | Exemple | Usage |
|---|---|---|---|
| Concentré | 1:5 à 1:8 | 100 g pour 700 g | à diluer de 1:1 à 1:3 |
| Prêt à boire | 1:12 à 1:15 | 80 g pour 1 040 g | à servir sur glace |
Ces ratios se comptent en poids, café et eau. Sur une infusion de vingt heures, une erreur de dose ne se corrige plus : contrairement à un espresso, il n’y a pas de deuxième essai dix secondes plus tard. C’est la même logique de pesée que pour les ratios des méthodes chaudes, appliquée à une extraction qui ne pardonne pas l’approximation.
Un repère utile pour la dilution : un concentré à 1:7 dilué à parts égales tombe autour de 1:14, soit un café d’intensité comparable à un filtre. Diluez à l’eau, au lait ou à la boisson végétale selon l’usage, la logique de ratio reste la même.
La mouture : plus grossière que vous ne le pensez
La mouture doit être plus grossière que pour une cafetière à piston, avec des particules bien visibles et régulières. Deux raisons, l’une de goût, l’autre purement pratique.
Sur vingt heures de contact, une mouture fine sur-extrait largement et apporte de l’astringence, cette sensation râpeuse qui assèche la bouche. Surtout, les particules fines forment une boue qui colmate n’importe quel filtre : la filtration devient interminable, puis impossible.
La régularité compte autant que la taille. Un moulin qui produit à la fois de la poussière et des gros morceaux donne une infusion astringente et trouble, et c’est le moulin qui décide ici, pas le récipient. Un moulin manuel à meules convient parfaitement pour cet usage, la vitesse n’ayant aucune importance sur une préparation de ce type.
Pesez le café juste avant de le moudre, et moulez juste avant l’infusion. Le grain moulu perd ses arômes en quelques heures, ce qui rend absurde l’idée de préparer sa mouture la veille — le sujet de la conservation du café vaut ici comme pour toute autre méthode.
La durée et la température
Ces deux paramètres se compensent : plus il fait froid, plus il faut de temps.
| Température d’infusion | Durée | Résultat |
|---|---|---|
| Réfrigérateur, 4 à 6 °C | 16 à 24 h | net, propre, le plus reproductible |
| Ambiante, 18 à 22 °C | 8 à 12 h | plus rond, plus aromatique, moins stable |
L’infusion au réfrigérateur est la voie recommandée. Elle est plus lente mais plus régulière, et elle écarte un problème rarement mentionné : un liquide sucré laissé à température ambiante pendant une nuit entière n’est pas un milieu neutre. Au-delà d’une douzaine d’heures, placez le récipient au froid.
Inutile de remuer pendant l’infusion. Un brassage initial pour mouiller toute la mouture suffit ; agiter ensuite ne fait qu’augmenter la quantité de fines particules en suspension et compliquer la filtration.
Le montage, la filtration et la conservation
Le matériel : rien de spécifique n’est nécessaire
Un bocal en verre fermé et une passoire suffisent pour commencer, et le résultat ne sera pas inférieur à celui d’un appareil dédié. La méthode ne demande ni pression, ni contrôle de température, ni régularité de versement : c’est ce qui la rend accessible.
Trois montages fonctionnent également bien. Le bocal libre consiste à mélanger café et eau, puis à filtrer entièrement à la fin — la voie la plus simple, mais celle qui produit le plus de fines à filtrer. Le sachet d’infusion, un filtre en tissu ou en papier réutilisable rempli de mouture, se retire d’un geste et supprime presque toute la filtration. La bouteille à filtre intégré combine les deux, avec un panier métallique qu’on extrait au terme de l’infusion.
Le seul point matériel qui compte est l’étanchéité : un récipient ouvert laisse l’infusion prendre les odeurs du réfrigérateur, et le café les capte remarquablement bien. Un couvercle vissé règle la question.
Un mot sur le volume. Préparer un litre demande le même temps qu’un quart de litre, ce qui pousse naturellement aux grandes quantités. Restez toutefois dans ce que vous consommerez en une semaine : un concentré oublié dix jours au froid perd exactement ce qu’on était allé chercher.
Filtrer, puis conserver
La filtration se fait en deux temps. Un premier passage à travers une passoire fine ou un filtre métallique retire le gros du marc. Un second passage à travers un filtre en papier ou un tissu retient les particules restantes et donne une boisson limpide.
Ne pressez jamais le marc pour récupérer les derniers millilitres. Vous en extrairiez exactement la fraction amère et astringente que la méthode cherchait à éviter, et le gain de volume ne compense pas la perte de netteté.
Une fois filtré, transvasez dans un récipient fermé et placez au froid. Les repères usuels : environ une semaine pour un concentré, deux à trois jours pour un café dilué. Un concentré qui prend une odeur aigre ou une amertume nouvelle a passé son délai, et le nez suffit à le dire.
Ce que le froid change réellement
L’eau froide dissout moins bien et plus lentement, ce qui modifie la composition de la tasse plutôt que sa seule intensité. La fraction amère et astringente, qui part surtout en fin d’extraction chaude, reste largement dans le marc.
Le point souvent mal compris concerne l’acidité. Les comparaisons publiées entre extraction chaude et froide trouvent des pH proches pour un même café : le cold brew n’est pas une boisson devenue basique. Ce qui baisse, c’est l’acidité titrable — la quantité d’acides effectivement présents — et c’est ce que la bouche perçoit comme une tasse plus douce et plus ronde.
Cette douceur a une conséquence : elle pardonne. Un grain à torréfaction plus poussée, difficile en filtre parce qu’il tourne vite à l’amer, devient souvent agréable en cold brew. À l’inverse, un café clair très acide y perd une partie de ce qui le rendait intéressant.
Les deux erreurs qui gâchent une infusion
La première est la mouture trop fine, de loin la plus fréquente. Elle produit une infusion trouble, astringente, et une filtration qui n’en finit pas. Si votre filtre se bouche, la cause est là et nulle part ailleurs.
La seconde est l’infusion trop longue, entretenue par l’idée qu’une extraction douce peut se prolonger sans risque. Au-delà de vingt-quatre heures, le gain d’intensité est marginal et l’astringence progresse. Notez la durée de départ : sur une préparation qui dure une nuit, personne ne se souvient de l’heure exacte le lendemain.
Questions fréquentes
Quel ratio café-eau pour un cold brew ?
Une part de café moulu pour sept parts d'eau en poids donne un concentré à diluer, par exemple 100 g de café pour 700 g d'eau. Pour un café directement buvable, montez à une part pour treize. Ces deux ratios se pèsent : le volume en cuillères est trop imprécis sur une infusion aussi longue.
Combien de temps faut-il laisser infuser ?
De 16 à 24 heures au réfrigérateur, ou de 8 à 12 heures à température ambiante, car le froid ralentit l'extraction. Au-delà de 24 heures, la tasse gagne surtout de l'astringence. Si vous dépassez une douzaine d'heures, faites-le au froid plutôt qu'à température ambiante.
Le cold brew est-il moins acide qu'un café chaud ?
Il est perçu comme moins acide, et les comparaisons publiées le confirment sur l'acidité titrable, c'est-à-dire la quantité d'acides présents. En revanche le pH mesuré reste proche de celui d'un café chaud du même grain. La différence de perception vient de la nature des composés extraits, pas d'un café devenu basique.
Cold brew et café glacé, est-ce la même chose ?
Non. Un café glacé est un café extrait à chaud puis refroidi ou versé sur glace, ce qui conserve le profil aromatique de l'extraction chaude. Le cold brew n'a jamais été chauffé : l'eau froide dissout d'autres composés et donne une tasse plus ronde, moins vive.
Sources et méthode
- Pratiques d'infusion à froid documentées par la filière du café de spécialité (ratios, durées, granulométrie)
- Comparaisons publiées entre extraction chaude et extraction froide sur le pH et l'acidité titrable