En bref

  • Toute la décaféination se fait sur le café vert, avant la torréfaction : on gonfle les grains à l'eau ou à la vapeur, puis on en extrait la caféine.
  • Quatre familles de procédés : solvant direct, solvant indirect, eau seule (type Swiss Water) et CO₂ supercritique. Aucun n'est dangereux dans les limites légales ; ils diffèrent par le goût et le prix.
  • En Europe, un café torréfié vendu comme décaféiné ne doit pas dépasser 0,1 % de caféine sur matière sèche. Une tasse en contient encore quelques milligrammes, pas zéro.
  • Un paquet qui précise « à l'eau » ou « au CO₂ » le dit volontiers. Un décaféiné sans aucune mention est, le plus souvent, traité au solvant.

On retire la caféine du café avant la torréfaction, sur le grain vert, par quatre familles de procédés : solvant direct, solvant indirect, eau seule, ou dioxyde de carbone. Aucun n’est dangereux dans les limites légales ; ils diffèrent par ce qu’ils emportent d’arômes et par leur coût. Et un décaféiné n’est jamais totalement sans caféine : en Europe, il peut en garder jusqu’à 0,1 % sur matière sèche.

Le principe commun : ouvrir le grain vert

La caféine est une molécule soluble dans l’eau, logée dans les cellules du grain. Un grain vert sec est dur et fermé : rien n’en sort. Tous les procédés commencent donc par la même étape, gonfler les grains à l’eau ou à la vapeur, pour ouvrir leur structure et rendre la caféine accessible.

C’est ensuite que les méthodes divergent, selon ce qu’on utilise pour aller chercher la caféine sans emporter tout le reste. Car le vrai problème est là : l’eau dissout la caféine, mais elle dissout aussi les sucres, les acides et les précurseurs d’arômes qui feront le goût du café à la torréfaction.

ProcédéCe qui extrait la caféineParticularité
Solvant directUn solvant au contact des grainsLe plus répandu et le moins cher
Solvant indirectUn solvant appliqué à l’eau de trempageLes grains ne touchent pas le solvant
Eau seule (type Swiss Water)Un extrait de café saturé, filtré au charbonAucun solvant chimique
CO₂ supercritiqueDu dioxyde de carbone sous haute pressionSélectif, industriel, réservé aux gros volumes

Les procédés au solvant

Dans le procédé direct, les grains gonflés sont mis au contact d’un solvant qui capte la caféine, puis passés à la vapeur pour éliminer les résidus. Les deux solvants rencontrés sont le dichlorométhane et l’acétate d’éthyle.

Le procédé indirect protège un peu plus le grain : on laisse tremper le café dans l’eau chaude, qui se charge en caféine et en arômes ; on retire les grains, on traite cette eau au solvant pour en extraire la caféine, puis on remet les grains dans l’eau ainsi débarrassée de la caféine, pour qu’ils y récupèrent une partie de leurs arômes.

L’acétate d’éthyle est souvent mis en avant comme « naturel », parce que cet ester existe dans les fruits et qu’il peut être obtenu par fermentation de la canne à sucre. C’est vrai, mais cela reste un procédé au solvant.

La question de la sécurité revient souvent. Les solvants autorisés sont encadrés par la réglementation européenne, avec des limites de résidus très basses dans le café. Et la torréfaction, qui porte les grains à plus de 200 °C, dépasse largement le point d’ébullition de ces solvants : ce qui pouvait rester s’évapore en grande partie.

Les procédés sans solvant

Le procédé à l’eau, connu sous des noms commerciaux comme Swiss Water ou Mountain Water, repose sur une astuce. On prépare d’abord un extrait de café vert saturé de tous ses composés solubles, sauf la caféine. Des grains plongés dans cet extrait ne peuvent plus y perdre leurs arômes, puisque l’eau en est déjà pleine : seule la caféine migre. L’extrait est ensuite filtré au charbon actif, qui retient la caféine, et réutilisé.

Le procédé au CO₂ utilise du dioxyde de carbone porté au-delà de son point critique, sous forte pression. Dans cet état, il se comporte comme un solvant très sélectif, qui capte la caféine en laissant la plupart des composés aromatiques. L’installation est lourde et coûteuse : ce procédé est surtout employé pour de gros volumes.

Ce qu’il reste dans la tasse

Un arabica contient naturellement de l’ordre de 1 à 1,5 % de caféine, un robusta près du double — nous comparons les deux dans arabica ou robusta. Descendre sous le seuil européen de 0,1 % revient donc à retirer environ 97 % de la caféine ou davantage.

Concrètement, une tasse de décaféiné apporte généralement quelques milligrammes de caféine, là où un café classique en apporte plusieurs dizaines. C’est négligeable pour la plupart des gens, mais pas nul : les personnes à qui l’on a demandé de supprimer totalement la caféine doivent le savoir. Nos ordres de grandeur par boisson sont détaillés dans la caféine par tasse.

Lire le paquet

Les torréfacteurs qui utilisent un procédé à l’eau ou au CO₂ l’écrivent presque toujours, parce que c’est un argument de vente. Un paquet qui dit simplement « décaféiné », sans autre précision, est donc le plus souvent traité au solvant — ce qui n’a rien d’alarmant, mais mérite d’être su si l’on a une préférence.

Deux autres indices comptent plus que le procédé pour le goût : l’origine du café, parce qu’un décaféiné fait avec un grain médiocre restera médiocre, et la date de torréfaction. Un grain décaféiné, fragilisé par le traitement, perd ses arômes plus vite qu’un grain normal ; il supporte encore moins l’attente. Nos repères pour déchiffrer un paquet sont dans lire l’étiquette d’un paquet de café, et pour le garder frais, dans conserver le café.

Questions fréquentes

Le café décaféiné contient-il encore de la caféine ?

Oui, un peu. En Europe, un café torréfié décaféiné peut contenir jusqu'à 0,1 % de caféine sur matière sèche, soit une élimination d'environ 97 % ou plus pour un arabica. Une tasse de décaféiné apporte généralement quelques milligrammes de caféine, contre plusieurs dizaines pour un café classique.

Le décaféinage au solvant est-il dangereux ?

Dans les limites légales, non. Les solvants autorisés sont encadrés par la réglementation, avec des limites de résidus très basses, et ils s'évaporent en grande partie lors de la torréfaction, qui dépasse largement leur point d'ébullition. Ceux qui préfèrent les éviter ont le choix des procédés à l'eau ou au CO₂.

Quel procédé de décaféination donne le meilleur goût ?

Aucun n'est sans perte, parce que l'extraction emporte aussi une partie des composés aromatiques. Les procédés à l'eau et au CO₂ ont la réputation de mieux préserver les arômes, mais la qualité du grain de départ et la fraîcheur de la torréfaction comptent autant que le procédé.

Pourquoi le décaféiné a-t-il souvent un goût plus plat ?

Parce que la décaféination fragilise le grain et emporte une partie de ses arômes, et parce que les décaféinés sont souvent faits avec des cafés moins chers. Un grain décaféiné torréfie aussi plus vite et plus foncé. Un bon décaféiné de spécialité, fraîchement torréfié, change beaucoup cette impression.

Sources et méthode

  • Réglementation européenne sur les extraits de café et de chicorée : teneur maximale en caféine du café décaféiné
  • Réglementation européenne sur les solvants d'extraction et leurs limites de résidus dans le café
  • Principes des procédés de décaféination : solvant, eau et dioxyde de carbone supercritique